AccueilFAQMembresGroupesS'enregistrerConnexion

Partagez | 
 

 Sombres desseins.

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
AuteurMessage
Amor
Démon
avatar

Messages : 51
Date d'inscription : 21/09/2011

MessageSujet: Sombres desseins.   Sam 30 Aoû - 21:07

Quelle sorte de frénésie eut envahi ce satyre ? Pourquoi ne cessait-il de labourer la terre de ses sabots ; de fureter les alentours d'un regard aliéné; de répéter encore et toujours "Sombres desseins... Sombre desseins..." ? Était-il malade ? Fou ? Annonçait-il quelques bribes d'une sibylline prédiction ?

Amor, dissimulé derrière un tronc d'arbre, observait cet étrange spectacle d'un œil mi-amusé, mi-intrigué. Depuis qu'il eut tenté de prendre d'assaut la Cité d'Hellenos — avant d'être repoussé par ces farouches déesses —, il vivait esseulé. Même cette voix maléfique, à l'intérieur de son crâne, devenait de plus en plus faible. Il se levait tous les jours avec la peur au ventre que son unique pouvoir disparaisse d'un coup. De surcroît, il nourrissait une haine insatiable envers les habitants de la cité. Jamais personne ne l'avait défait avant cela ! Ce nonobstant, ça ne pouvait que le rendre plus fort que jamais.

L'entité maléfique parla.


"Tue l'homme-bouc."

Amor secoua la tête et parla à voix-basse.

– Je veux entendre ce qu'il a à dire.

"Il ne t'apprendra rien de bon ! Tue-le et poursuis ton chemin."

Le garçon haussa un sourcil, désabusé. Que lui cachait le démon ? Bien qu'il fût de nature très laconique, jamais il ne lui dissimulait des informations. Il s'apprêta à empaler le satyre sur un pique de glace lorsque la créature déterra un poignard dans la terre. L'arme opaline resplendissait de mille feux, aucunement souillée par la rouille. Alors, tout alla très vite : le satyre lâcha un ultime "Sombres desseins..." et se ficha le poignard dans le cœur ; s'écroulant inerte sur un tas de feuilles sèches.

Que lui avait-il pris ?

Mugit alors le vent, intarissable spadassin.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Éris
Admin / Déesse de la Discorde
avatar

Messages : 314
Date d'inscription : 23/12/2011
Localisation : Quelque part... ou peut être derrière vous, qui sait...

MessageSujet: Re: Sombres desseins.   Dim 31 Aoû - 16:59

Ses chevaliers se devaient d’être puissants…

Amor… Un nom qu’elle connaissait très bien. Après tout, qui n’avait jamais entendu parler de l’enfant des glaces ? L’enfant maudit, celui qui abritait un démon en son flan, le maître du froid mordant, le mortel devenu demi-dieu.
Voila un conte qui plaisait énormément à Eris.

L’enfant était malheureux. Il avait à ses côté une mère mourante, un père absent. Un cas bien insignifiant aux yeux de la déesse de la discorde, si le marmot n’avait pas convoqué Hadès lui-même, le suppliant de sauver sa génitrice. Le dieu des morts avait accepté de la soigner, à condition qu’un de ses subordonnés vienne l’habiter. Le nouveau pion avait développé des pouvoirs. Mais les autres mortels avaient eu peur. Ils tuèrent sa mère. Ainsi Amor se mit à haïr Hellenos.
Mais il retrouva son père. Nouvelle lueur d’espoir qui s’éteint aussitôt : Zeus lui-même avait eu vent des actes d’Hadès. Il eut peur pour sont trône, et préféra agir. Il tenta de tuer Amor. Son père s’interposa. Ainsi Amor se mit à haïr les dieux.

Il n’avait plus de toit, il n’avait plus de père, mais l’enfant n’était plus malheureux, il était en colère.

De son promontoire invisible, la déesse avait suivi l’histoire avec attention. Elle en connaissait bien d’autre, des passés comme celui-ci. Des cœurs meurtris ne cherchant que le sang et le malheur d’autrui. Tant de souffrants qu’elle voyait comme des cartes qu’elle gardait sous sa manche. Oui, elle avait maintenant un beau jeu qui promettait de lui laisser gagner la partie. Et une de ses pièces maîtresses était à portée de main : Amor.
Il avait déjà créé pas mal de problèmes, à Hellenos. Mais les dieux n’étaient pas à sous-estimer : Eris en était la preuve. La déesse de la discorde avait en effet vu Artemis protéger un homme et mettre à mal les pouvoirs d’Amor. Une belle marque de faiblesse de la part de la déesse chasseresse qu’Eris saurait utiliser à son avantage… Mais cela était pour plus tard. Pour l’instant, il fallait qu’elle réunisse les guerriers. Car un génie seul, face à la force des dieux, n’était rien. Mais si tous les génies se réunissaient, alors les dieux seraient sans nul doute défais… Oui… sans l’ombre d’un doute…

« Sombres desseins. Sombres desseins. » Le satyre semblait secoué d’un mal étrange. A coup sûr, il avait vu quelque chose, et semblait incapable de pouvoir l’affronter. Et lui, « lui », l’objet de convoitise de la déesse du chaos, regardait l'être délirant, de derrière son arbre. Il était temps. Il était temps de commencer le jeu. Un sourire aux lèvres, la déesse dissimula sa présence, son aura devenant aussi imperceptible que si elle n’eut jamais existé. Apparaissant quelques mètres derrière Amor, silencieusement, elle regarda la scène s’achever. Son visage était à présent insondable. Le sourire s’était évanoui, il ne restait que la réflexion.


- Il arrive que les satyres voient dans les astres de graves présages, commença la déesse, fixant le cadavre inerte de l’homme-bouc. D’une voix grave, un sourire amer étira ses lèvres, dommage que ces créatures à cornes soient trop individualistes pour voir le bon qui y sommeil. Après tout, tout est relatif, ce n’est qu’une question de point de vue…

Enfin, elle daigna poser sur l’enfant un regard profond et intense. Il dégagea une belle aura de puissance. Fort, comme peu d’humains l’étaient, c’était un petit bijou, une perle rare. Élever cet enfant vers les cieux semblait couler de source. Un nouveau sourire, plus doux, plus maternel, vint remplacer le second.

-Je te cherchais, Amor.

_________________
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Amor
Démon
avatar

Messages : 51
Date d'inscription : 21/09/2011

MessageSujet: Re: Sombres desseins.   Dim 31 Aoû - 19:28

Instinctivement, Amor avait levé un bras véhément et voulut embrocher la nouvelle venue sur une lance gelée. C'est alors que le démon mugit à l'intérieur de son crâne d'une force nouvelle :

"Arrête ! C'est Éris, déesse de la Discorde. Elle n'est pas ton ennemie."

Pas son ennemie ? Alors pourquoi s'était-elle approchée de lui en tapinois ? Et puis il y avait cette haine irrévocable qui l'assaillait chaque fois qu'il apercevait des Dieux — aussi délétères fussent-ils. Ces pleutres ne valaient pas mieux que ces mortels qu'ils dédaignaient du haut de leurs éclatantes demeures. De qui se moquaient-ils ? Tout le monde savaient qu'ils traitaient avec condescendance les créatures qui n'avaient l'heur de leur plaire.

Néanmoins, la charmante déité qui se trouvait devant lui avec un sourire affriolant venait de gagner sa farouche confiance. Il décida de lui offrir un de ses sourires dont il était avare, et pour cause : il n'avait rien d'alléchant, en fait, il faisait froid dans le dos; comme... gravé dans de la glace.

Un rictus plus qu'un sourire.

– Vous me cherchiez ? Et bien, je pense que vos recherches ont abouti. Dites-moi, Hadès vous a envoyé à ma rencontre ? Il veut que je revienne auprès de lui ? Si c'est cela, je crains que de devoir vous tuer. Je ne suis plus son laquai, désormais. Je ne suis plus le laquai de personne.

Là-dessus, s'appuya contre un tronc d'arbre, croisa les bras d'un air typiquement juvénile et attendit la réponse d'Éris. Bien qu'il fût presque heureux de se voir offrir un divertissement autre qu'un satyre névrosé, il s'acharna à arborer un masque d'impartialité. Peut-être même dût-il ajouter une pointe d'agacement, tiens ! Il souffla. Voilà, comme ça. Alors, cette réponse, elle venait ?
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Éris
Admin / Déesse de la Discorde
avatar

Messages : 314
Date d'inscription : 23/12/2011
Localisation : Quelque part... ou peut être derrière vous, qui sait...

MessageSujet: Re: Sombres desseins.   Ven 5 Sep - 22:01

Le gamin fit volte-face. L’effet de surprise était réussit.  La déesse plongea alors son regard dans le sien, comme pour le sonder. L’esprit de ce garçon sembla en proie à un dilemme. Où alors serait-ce un conflit ? En tout cas, à sa manière, l’enfant jaugeait la situation, et le démon qui l’habitait aussi. Mais est-ce que le démon communiquait directement avec Amor, là demeurait le mystère. Eris n’avait, en effet, aucune idée de comment se manifestait l’esprit dans la tête du marmot. Communiquait-il directement avec lui ? Ou bien ne se manifestait-il qu’en cas d’émotion intense ? Ou encore quand l’envie le lui prenait ? Des milliers d’hypothèses fusaient dans l’esprit d’Eris. Mais une chose demeurait certaine : si le démon était, à ce moment là, présent, il n’était guère habité par la folie. Car les yeux dénués de pupilles de l’enfant des glaces n’étaient guère mués par une agressivité vengeresse. La question était plutôt : est-ce que le dit-démon était bien là. Qu’il ai disparut du corps de l’enfant était à exclure, car être habité par un suppôt d’Hadès était de ces tares que l’ont gardait jusqu’à la mort. Mais par précaution, et baignant dans un doute qui lui déplaisait, -bien qu’elle ne le montra pas un seul instant- il lui faudrait convaincre et l’enfant, et la créature qui l’habitait.

Elle s’était attendue à différents type d’accueil, mais celui qu’on lui offrit la surprit. Et ce n’était peu dire : on surprenait rarement Eris, la déesse fomentant les plans. En effet, Amor lui adressa un sourire. Une grimace plutôt, froide, presque effrayante bien que l’effet produit sur la déesse fut une once d’excitation naissante au creux de son ventre. Tout ce qui avait attrait à la folie lui plaisait terriblement, et elle vit que ce garçon pourrait être des plus fascinants. Oui, ce garçon semblait être aussi dément imprévisible… Elle en déduit donc une unique chose : il ne lui serait pas aisé de découvrir ce qu’il se passait dans la tête d'Amor… A moins de ne pas être avare en supposition. Et ce trait de caractère lui plu tout de suite ! Oui, elle se ferait un plaisir de dresser cet enfant vers les hauteurs !


– Vous me cherchiez ? Et bien, je pense que vos recherches ont abouti. Dites-moi, Hadès vous a envoyé à ma rencontre ? Il veut que je revienne auprès de lui ? Si c'est cela, je crains que de devoir vous tuer. Je ne suis plus son laquai, désormais. Je ne suis plus le laquai de personne.

Le sourire d’Eris s’agrandit, découvrant ses dents.

-Allons… Je suis vexée, Amor, déclara-t-elle calmement, une pointe d’amusement dans la voix. Croire ainsi que je ne suis que le messager d’un autre dieu… C’est très vilain de ta part… Je tiens autant que toi à ma liberté…

Le garçon s’appuya contre l’arbre, la mine agacée. Ce comportement juvénile arracha un petit rire à la déesse. Elle l’intéressait si peu que ça ? C’en était presque humiliant !

-Hadès a ses propres visions des choses, continua-t-elle de sa voix doucereuse ,et pour tout te dire, je n’y adhère pas… Faire de toi un serviteur alors que tu pourrais être bien plus…

Elle s’approcha, de sa démarche Féline, presque aguicheuse, qui lui était propre. Il n’y avait là aucune intention, elle ne désirait recourir à la séduction. Seulement elle avait abandonné le théâtre un instant. Elle était maintenant elle-même. Enfin, elle-même était un bien grand mot, car un rôle, elle en jouait un tout le temps. Mais ce rôle là était le sien. Celui d’Eris. Un rôle si encré en elle qu’il s’était retrouvé incrusté dans sa gestuelle. De toute façon, tout le monde jouait un rôle. Être sois même, quand on y réfléchissait, était quasiment impossible. Il y avait toujours du jeu.

Sauf qu’Eris était une des seules à en avoir conscience.

Se dirigeant vers le satyre, la déesse ralentit néanmoins vers le garçon, le corps tourné vers le cadavre, mes les yeux rivés sur les mirettes blanches d’Amor. Une main douce, presque maternelle, vint effleurer la joue de l’enfant. Elle s’arrêta un instant, la mine plus sérieuse.


-Il y a des gens qui tueraient pour être à ta place, Amor, dit-elle d’une voix suave, avec une étonnante franchise.

La main glissa de son socle de chaire. Le contact fut rompu, la déesse se remis à marcher, lentement. Pendant quelques secondes, elle le quitta des yeux, et ses prunelles violettes vinrent se poser avec dégoût sur le satyre. Arriver à la hauteur du corps inerte, elle s’arrêta de nouveau.


-Tu as beau tirer ton pouvoir d’un dieu, tu n’en es pas moins libre. Et crois moi qu’avec une telle puissance, tu serais capable de grandes choses. Tu pourrais mettre Hellenos à mal si tu le désirais…

Sa marche repris.Sa manière de bouger, de se mouvoir, avait quelque chose de lent. Comme si elle s'arrêtait au ralenti, levait son bras au ralenti. C'était comme une dance, qui se décomposait, prenait son temps. Elle était languissante, sans être ridicule, ni burlesque. A la fois naturelle, et fascinante. Comme si chaque mouvement prenait son temps, avec souplesse, avec délectation.
Elle tournait maintenant le dos à l’enfant. Finalement, elle stoppa son avancée de nouveau, et pour de bon, et avec la même lenteur. Sa main se posa sur le tronc d’un arbre, ses yeux étaient verrouillés au loin, là où beaucoup ne pouvaient voir. Elle y décelait l’avenir, beaucoup plus complexe, beaucoup plus jouissif, aussi, que ce que le commun des mortels, à Hellenos ou ailleurs, s’attendaient à vivre… Quel beau pouvoir elle voyait là… Et qu’elle magnifique place elle voyait sur l’échiquier où serait placé Amor…


-Moi, je le désire…

_________________
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Amor
Démon
avatar

Messages : 51
Date d'inscription : 21/09/2011

MessageSujet: Re: Sombres desseins.   Sam 6 Sep - 16:54

Thème


À l'écoute de "Certains tueraient pour être à ta place", il se courrouça et faillit commettre l'irréparable. Fort heureusement, la belle déesse poursuivit son discours dithyrambique afin d'effacer ce malaise. Certains tueraient ? Le cas échéant, ils seraient près à voir leur mère se faire étriper par une bande de pécores superstitieux ?  À laisser un démon les aliéner ? À perdre leurs âmes infantiles ? À troquer l'innocence pour le sadisme ?

Ses prunelles opalines virèrent à l'azuréen. Le givre cerna ses yeux, traça une ligne bleutée à travers sa joue, puis se propagea dans ses bras.

Il était en train de perdre ses moyens.

Non, ce n'était pas là première fois qu'un tel phénomène arrivait, mais pour le contrecarrer, il fallait suppurer le mal qui enivrait ses sens ; capturer cette haine insatiable ; redevenir le maître de son don. Amor posa la paume de sa main contre l'arbre, comme pour s'appuyer, tout en écoutant le récit d'Éris. Fût-il libre d'Hadès, selon ses dires, il ne demeurait pas moins prisonnier de ce démon. Elle était beaucoup plus empreinte à l'affranchissement que lui, il le savait bien. Un halo bleuté marquait le tronc de l'arbre — juste en deçà de sa main. Progressivement, mais sûrement, le gel assaillait le bois avec une férocité acerbe.

Éris reprit.


– Tu pourrais mettre Hélénos à mal, si tu le désirais... Moi, je le désire.

Amor écarquilla les yeux.

Soudain, il envoya son coude dans le tronc affaibli, lequel se brisa partiellement, comme de la glace. Une légère pression suffit à renverser l'arbre et le faire s'écraser contre feu le satyre. Quel soulagement... Bien que ce fût ridicule, il s'imagina que le végétal représentait l'archétype de ses malheurs ;  de ses angoisses ; de ses peurs.

Il rapprocha son visage archangélique de celui de la déesse. Sa voix avait acquis une âpreté nouvelle.


– Attaquer la cité... ? Voilà ce que j'y ai gagné !

Il abaissa le col de sa tunique et exhiba la cicatrice bleue qui lui zébrait le poitrine. Un cadeau d'Artémis, déesse de la chasse. Il aurait aimé dire qu'il avait rendu coup pour coup, mais ce ne fut pas la cas, malheureusement.

Comme pour donner du poids à ses paroles, il emprisonna les mains d'Éris dans les siennes, comme pour sceller un pacte sibyllin.


– J'accepte, mais à une condition...

"Amor, dit le démon, nous avons déjà parlé de ceci, c'est de la fol..."

"La ferme ! aboya-t-il intérieurement. JE te contrôle, pas l'inverse."


L'entité maléfique en resta coi. De peur qu'il ne l'abandonnât, il n'avait jamais osé lui parlé avec tant de verve. Cependant Amor sentait le souffle d'un vent nouveau. Le vent de la vengeance ; de la rédemption ; de la... liberté. Il plongea son regard nacré dans les yeux de la déesse. Son destin entier dépendrait de sa réponse et de ce qu'il allait exiger...


– Je veux... Hadès.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Éris
Admin / Déesse de la Discorde
avatar

Messages : 314
Date d'inscription : 23/12/2011
Localisation : Quelque part... ou peut être derrière vous, qui sait...

MessageSujet: Re: Sombres desseins.   Dim 7 Sep - 0:02

Eris le sentit. Elle sentit le pouvoir du garçon. Contre toute attente, ses paroles ne l’avaient nullement flatté, elles avaient eu don de le mettre en colère. Ainsi, cet enfant vivait toujours dans le passé. Il était toujours rattaché à son malheur. Remarque, cette faiblesse propre aux humains était compréhensible. Quand on avait à peine cent ans pour vivre, et que notre enfance s’était retrouvée brisée, la marque était trop vive, la brûlure était trop grande. L’enfance, soit un quart de la vie d’un homme. La gâcher, c’était cracher sur la moitié de la moitié, sur la période où l’on se construit.
Oui, Eris le concevait. C’était totalement normal qu’Amor vive ainsi dans son passé, à se morfondre. Totalement normal…

Et cela lui déplu.

Elle avait, aux premiers abords, cru que ce garçon avait conscience de la chance qu’il avait, qu’il était aveuglé par sa propre force. Mais non, il voyait encore avec clairvoyance les malheurs que cela impliquait. Ainsi était la faille : la clairvoyance. Elle qui croyait qu’Amor n’était que vengeance, et consacré tout entier au perfide dessein qu’était la revanche, elle prenait conscience qu’il voyait clair. Il n’avait finalement l’air de ne plus se consacrer du tout à cela. Quel ennui, quelle déception…
Les yeux rivés devant elle, le garçon derrière, la déesse entendit un craquement sourd. Elle se doutait que ses paroles avaient déclenché une flamme. Cela lui redonnait espoir. L’espoir que le garçon soit tel qu’elle l’imaginait. Faussement intriguée, car il était bien évident que ce son provenait de l’arbre contre lequel s’appuyai le garçon, Eris se retourna. Ses yeux impartiaux se posèrent sur le tronc brisé. Puis de nouveau, ils pénétrèrent les yeux du garçon avec intensité, alors que celui-ci approchait. Ses yeux étaient si étranges. Entièrement blancs, comme la neige, comme la glace, sans iris. C’était presque dérangeant. L’iris était une partie de l’œil qu’elle se plaisait à fixer. Mais de toute façon, cela ne la gênait en rien dans le déchiffrage du garçon. Les yeux, même dénuées de pupilles, avaient tout de même une grande gamme d’expression, ne serait-ce que dans l’affaissement des paupières, leur écarquillement. A l’heure actuelle, leur position ne trompait pas : la rage transcendait Amor.


-Attaquer la cité … ? Voila ce que j’y ai gagné!

D’un geste brusque, il dégagea son vêtement afin de lui montrer sa cicatrice. La honte entière était gravée dans sa chaire. Tout comme un trophée pouvait témoigner d’une victoire, cette marque témoignait d’une défaite. Une défaite cuisante, dont Eris avait eu vent. Artémis était si forte. Mais cela était normal. Après tout, Artémis n’était-elle pas une déesse ? L’excitation naquit alors au creux du ventre de la jeune femme. La discorde aimait la rancœur. La discorde aimait la haine. Et ce garçon devait nourrir pour la chasseresse une haine sans nom, elle qui avait mit ses plans à mal ! Au sein de son esprit, une jubilation nouvelle naquit, bien que son visage resta calme. Impartiale, au sein de ses pensées tortueuses, de nouveaux plans se fomentaient. Et ces plans pourraient surement blesser, si ce n’est détruire, une des déesses qu’elle aimait le moins. Décidément, cet enfant était inspirant, terriblement inspirant ! Elle aurait une joie immense à en faire son poulain !

Son faciès n’exprimait rien. Impassible, elle avisait la cicatrice bleutée, mais ne disant mot. Elle saurait parler quand il faudrait ouvrir la bouche, mais pour l’instant, Amor devait finir son discours. Doucement, le gamin se saisit des mains d’Eris, qui se laissa faire. Aucune surprise n’habita ses traits. La curiosité n’était pas visible à un niveau si superficiel. Pourtant, elle était là, et guettait la raison d’un pareil comportement.

Les mains du garçon étaient froides.


-J’accepte, mais à une condition…

La déesse arqua un sourcil. Il lui posait une condition ? Se venger d’Hellenos, et de tous ceux qui l’avaient rejeté, de ceux qui avaient tué sa mère n’était-il pas suffisant ? Elle lui donnait accès à ce qu’elle pensait être un souhait du garçon. Pourtant, il ne sembla pas y accorder le moindre intérêt. Pour lui, mettre Hellenos à mal était une contrainte. C’était étonnant… Relativement étonnant. Et qu’est-ce que ce bambin allait lui demander en plus ?

-Je veux… Hadès.

Hadès ? Le dieu des morts et des enfers ? Voila un jeu qui lui plaisait d’avantage… Mais c’était un jeu dangereux, un terrain glissant. D’autant plus qu’elle ne savait pas spécifiquement ce que désirait le garçon. Un sourire doux étira ses lèvres. Ses mains exercèrent une infime pression sur celles d’Amor. Un petit rire s’échappa de la gorge de la déesse, tendit qu’elle secouait doucement la tête.

-Hadès ? Allons Amor… C’est une requête bien difficile que tu me demande là !

Une main resta dans celle du garçon, l’autre vint de nouveau se glisser sur sa joue. Elle se redressa alors et planta son regard dans le sien, son pouce caressant la peau glacée de l’enfant, sa main y étant toujours plaquée. Son expression se fit presque maternelle.

-Je te donne la possibilité de te venger de ceux qui ne t’ont pas compris, et qui t’ont rejeté par peur. Je pourrais même m’arranger –sa main glissa le long de sa joue et vint s’arrêter sur sa cicatrice, au niveau de sa poitrine- pour que tu le fasses payer à cette dinde qui a osé lever la main sur toi. Malgré ça, tu me demande de te livrer une des divinités les plus puissantes de l’Olympe ?

Ses cheveux flottèrent doucement dans les airs. Eris lui adressa une mine désolée.

- Tu n’as pas l’air d’avoir conscience de la chance qui t’est donnée… C’est bien dommage…

_________________
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Amor
Démon
avatar

Messages : 51
Date d'inscription : 21/09/2011

MessageSujet: Re: Sombres desseins.   Dim 7 Sep - 15:44

Une opportunité unique de se venger ?  En effet, c'était bien comme ceci qu'il voyait la situation, mais pas de la même manière que Éris. Pour plusieurs raisons, il en voulait davantage à Hadès qu'à tout autre divinité. Son créateur représentait pour lui le point névralgique de ses malheurs. Bien qu'il lui offrît ce don inespéré, il l'avait lésé de la plus horrible des façons.

Amor se laissa porter par la voix envoûtante de la déesse, comme on s'abandonne à un sommeil mortel sur les chemins d'hiver. Pour la première fois depuis des années, une chaleur réconfortante irridia son cœur de glace. En aucun cas elle ne lui rappelait sa défunte mère, mais son puissant aura et sa personnalité sardonnique acheva de le conquérir — bien qu'il se gardât de le révéler et de passer pour plus faible qu'il ne l'était.
La voix du démon rétablit le règne du froid :

"Elle a raison. Elle te sert Héllenos sur un plateau d'argent et que réclames-tu ? Hadès !"

"Il a tué ma mère
."


"Le peuple d'Héllenos a tué ta mère."

Cette remarque le décontenança quelque peu. En vérité, il se forçait à ne pas l'admettre. Comment haïr et se venger d'une masse d'individus ? Ils représentaient des gens de la vie de tous les jours ; des teinturiers ; des forgerons ; des chasseurs ; des tanneurs ; des paysans... Exécrer une seule personnalité — un Dieu, qui plus est — était d'une facilité innommable.

Amor rouvrit les yeux. Il toisait Éris le plus intensément possible, sans pour autant essayer de la sonder. De toutes façons, il savait bien qu'elle était comme lui, mais en pire... De peur qu'elle ne l'envoûtât complètement, il repoussa doucettement sa main et recula d'un pas. Là-dessus, il s'autorisa un sourire, comme pour signifier qu'il s'était attendu à cette réticence.


– Je n'ai que faire d'Héllenos. Ce ne sont que des rats infâme qui ne méritent même plus mon attention. Alors qu'Hadès... Il est la source de tout. Sans lui, ma mère ne serait pas morte ; mon père non plus ; je ne me serais pas fait mutiler et je ne me terrais pas dans les bois comme un animal ! Je t'aiderai, Éris, mais il doit mourir.

L'espace d'un instant, un seul, ses pupilles regagnèrent leur couleur d'antan ; sa voix se fit plus douce et enfantine. Ce fut comme s'il était redevenu le petit garçon de jadis...

Mais ce n'était pas le cas.


– Je les tuerais tous. Jusqu'aux derniers.

_________________
Thème d'Amor.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Éris
Admin / Déesse de la Discorde
avatar

Messages : 314
Date d'inscription : 23/12/2011
Localisation : Quelque part... ou peut être derrière vous, qui sait...

MessageSujet: Re: Sombres desseins.   Dim 28 Sep - 15:39

Elle sentit qu’on repoussait sa main. L’enfant ne cessait de la regarder, les prunelles verrouillées sur les siennes, dans un intense échange. Un sourire naquit alors sur les lèvres d’Amor. Un sourire entendu, comme s’il comprenait ce qu’elle lui disait. De toute manière il n’était pas obligé d’avoir une intelligence hors du commun pour le comprendre. Même un simplet saurait que détruire un dieu était presque impossible. D’abord et avant tout parce qu’un dieu était immortel. Le poignarder d’une lame humaine était loin d’être suffisant. Pour tuer un dieu, il fallait au moins la force d’un autre dieu. Et bien que la déesse de la discorde ait du mal à l’admettre, ses pouvoirs étaient bien inferieurs à ceux d’Hades. Evidement, elle avait une  arme dont il était dépourvu, et qui faisait sa fierté : une fourberie sans limite, et un esprit malade doté d’une créativité et d’une intelligence rare.  Oui, Eris était un génie, et elle se plaisait à se le dire. Un génie qui n’était pas né génie, mais qui par passion avait développé son don. Maintenant ce même talent était mis à rude épreuve, car il fallait user de ce que le dieu des enfers n’avait pas pour palier ce dont elle, divinité du chaos, était dépourvue.

Il faudrait qu’elle se renseigne, et les recherches promettaient d’être longues.  Sinon, pourquoi personne n’avait jamais trouvé le moyen de détruire les dieux ? Il était évident que ce si ce fameux moyen existait, elle,  cause d’une bonne partie des maux du mondes, serait déjà morte à l’heure qu’il était.  Malgré tout, ce défi lui plaisait. Trouver ce que personne n’avait trouvé, établir un plan, permettant de réussir là où beaucoup avaient échoué. Oui, cela était compliqué, et infiniment inspirant. Excitée par de nouvelles perspectives, un sourire fou hanta l’esprit de la déesse, bien que la douceur figeait toujours ses véritables lèvres.  Des plans foisonnaient, germaient comme des arbres maudits. Son imagination fonctionnait de nouveau, telle une brusque poussée d’inspiration. Elle avait beau être absente de son faciès, cette folie créatrice plongeait son esprit dans une véritable transe. Une nouvelle alternative, encore plus délicieuse s’offrit à ses projets, puis une seconde, puis une troisième. Une infinité d’histoire différentes naissaient, se transformaient, puis périssaient quand elle les jugeait trop mauvaises. La jubilation était presque trop forte pour qu’elle la cache, mais la déesse demeura de marbre, non sans grand mal. Après tout, elle n’était pas comédienne pour rien.


– Je n'ai que faire d'Héllenos. Ce ne sont que des rats infâme qui ne méritent même plus mon attention. Alors qu'Hadès... Il est la source de tout. Sans lui, ma mère ne serait pas morte ; mon père non plus ; je ne me serais pas fait mutiler et je ne me terrais pas dans les bois comme un animal ! Je t'aiderai, Éris, mais il doit mourir.

Les mots d’Amor ne servaient à rien, elle était déjà convaincue. Oui, elle allait lui dire qu’elle lui servirait Hadès. Cela était si dangereux. Son plan était si parfait… Décidément, elle s’étonnait elle-même.
Soudain, l’apparence d’Amor changea. Pendant un instant, elle cru le voir redevenir un enfant et la peur la submergea. Seulement un coup d’œil à ses yeux balaya tout ses doutes d’un revers de main. Si son visage, ses yeux, sa voix lui donnait l’apparence de ce qu’il avait pu être avant, la lueur, au fond de ses Iris demeurait bien la même. Il restait un monstre…. Et ce qui plaisait à Eris. Bien sûr, il restait conscient et était loin d’être fou. Mais il était aussi faible, trop faible pour un dieu… En ce sens, elle l’élèverait, ferait de lui son poulain, et lui permettrait d’atteindre ce qu’Eris voulait qu’il atteigne.  Son but. Une lueur nouvelle venait de naître dans les prunelles améthyste de la divinité.  On pouvait aisément y lire la détermination… avec plus de difficulté, de la démence.


-Je comprends et je t’avoue être d’accord… Sans lui, tu n’en serais pas réduit à cela. La vie est parfois bien cruelle…

Elle se pencha vers lui, son sourire s’élargissant encore. Elle ne pouvait contenir sa joie nouvelle, née de la perspective de répandre la douleur et la folie une nouvelle fois.

-Je t’aiderais Amor. Mais chaque chose en son temps. D’abord, aide-moi, et nous accomplirons ensemble ton souhait, son visage s’assombri, cela sera compliqué, ardu, mais je te promets d’accéder à ta requête.

Elle se redressa, le fixant maintenant avec dureté. Serait-il capable de réaliser son plan ?

-Je dois te prévenir. Tuer un dieu relève presque de l’impossible quand on en est pas un. Même moi, je ne saurais aspirer à ôter la vie d’Hadès. Mais j’ai quelques petites idées qui pourraient nous mener au succès.

Son regard se perdit au loin, un nouveau sourire étira ses lèvres.

-Oui… Je pense avoir quelques solutions qui pourraient nous permettre d'accomplir nos desseins.

_________________
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Contenu sponsorisé




MessageSujet: Re: Sombres desseins.   

Revenir en haut Aller en bas
 
Sombres desseins.
Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 1
 Sujets similaires
-
» Harry J. Potter | «On peut trouver du bonheur même dans les endroits les plus sombres. Il suffit de se souvenir d’allumer la lumière»
» Aux sombres héros de l'amer [Rang A versus Kurohime]
» Nous vivons des jours sombres, mais le soleil reviendra ft. Dís
» [Race] Elfes Sombres
» 2.4 LES JOURS SOMBRES

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
La Cité d'Héllenos :: Les Forêts :: La Forêt des Satyres-
Sauter vers: