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 Le coeur est le père de ses propres entraves [rp solo]

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Atalante
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Messages : 93
Date d'inscription : 23/04/2011
Localisation : La forêt des Satyres

MessageSujet: Le coeur est le père de ses propres entraves [rp solo]   Mar 7 Juil - 21:06




Le cœur a ses illusions que la raison endort.
Alors il en était ainsi. La prudence avait échoué. La perversion l’avait piégée. Atalante marchait donc silencieusement, dans les recoins sombres de la forêt. La veille, à l’orée du jour, quand l’éclatante lumière diurne et les ténèbres nocturnes se mêlaient en un rose cotonneux, il pénétra dans sa petite chaume. Là, alors, il tomba nez à nez avec ce qu’il redoutait le plus au monde, depuis ces dernières semaines. Une pierre. Celle d’un noire profond où siégeait un infâme message, celui de l’être qui le gorgeait d’appréhension des jours durant. Par sa faute, il ne dormait plus. Ses nuits n’étaient que le déroulement infini d’un chemin de pensée douloureux, se répétant inlassablement, encore et encore. Tremblant, il prit la pierre, à l’affut. Cette dernière se mit alors à luire, d’une lueur sombre, profonde, et une voix qu’il ne connaissait que trop bien s’en échappa.


«Demain soir, à la lisière de la forêt du Nord . Viens seul, sans ton arc, et ne compte surtout pas te défiler. Tu sais de quoi je suis capable si tu ne m’obéis pas.
Dors bien, chasseur naïf.»


Le chasseur posa la pierre. Il se laissa tomber sur son lit de fortune, sans cesser de fixer les joyaux noirs. Horreur. Après tant de temps, il avait espéré du fond du cœur que le mage l’avait oublié. Mais il semblerait que l’homme avait bonne mémoire. Une multitude de pensées traversèrent son esprit, toutes douloureuses. En effet, ces dernières ne pouvaient être que le scénario de souffrance que seraient les événements futurs, ou un plan dérisoire pour s’y dérober, qui se ponctuaient généralement d’une cinglante désillusion. Comment fuir ? Le vile dévoilerait son secret. Et puis partir, c’était délaisser celle qu’il aimait plus que tout. En ce sens, plutôt mourir. Résigné, la poitrine étreinte par une oppression atroce, il se coucha, les yeux rivés sur le plafond. Il ne dormit pas, comme la nuit précédant, et celles qui lui firent place. La fatigue le harcelait, mais son esprit bouillonnant chassait le sommeil à coup de faux. Atalante était un homme qui, d’habitude, réfléchissait trop. Alors être ainsi en proie aux plus intenses de ses doutes relevait du supplice.

Le soleil ne se levait toujours pas qu’il se redressa, fébrile. S’en était trop. Renié de Morphée, il lui fallait agir avant que son crâne n’explose. Il prit son arc et sortit. Qu’allait-il faire ? Chercher l’objet de son mal ? Le tuer d’une flèche entre les deux yeux. Non. Atalante était maintenant résigné. Mais il comptait noyer le doute dans la chasse, et gommer ses pensées au rythme qu’il tuait ses proies. Le pas léger, il parcourait la forêt de son œil vif, traquant la moindre bête qu’il pourrait chasser. Mais son esprit n’avait plus sa vivacité d’entant, la fatigue embrumant ses pensées, supprimant ses réflexes. Il parvint néanmoins à dénicher les excréments d’un lièvre, frais, et guetta ses traces afin de pouvoir sceller son destin. Il y parvint aisément, mais la facilité qu’il éprouva à traquer ses autres victimes fut moindre. Contrairement à son habitude, il passa sa journée à chasser, ramenant de temps en temps le gibier à la cité, partant immédiatement pour en dénicher d’autre. Au fond de lui, il désira que cette journée dure éternellement. Mais le soir, impitoyable, vaincu le jour. Le cœur battant, mais la mine sombre, il se délaissa de son arc et marcha vers le Nord. Là, à l’orée de la forêt, il le vit. La rage gonfla, mais Atalante l’enferma à double tour dans un coffre qu’il dissimula dans un coin de son être. Ses cheveux noirs tombaient sur ses épaules. Un sourire mauvais barrait son visage. Le chasseur se rendit compte qu’il ne connaissait son nom. Peu importe, il ne désirait pour rien au monde le savoir. La connaissance du nom était un premier pas dans la découverte de l’identité. Or, il ne voulait rien savoir de cet homme. Un surnom naquit alors, et Atlante baptisa ainsi le mage : Dorénavant, il nommerait le perfide « Maître chanteur ».

C’est donc ainsi qu’il marchait, dans la forêt sombre, qui aurait pu lui paraître inquiétante s’il n’avait pas déjà l’esprit occupé. Nul mot ne fut prononcé, et à vrai dire, la tête du chasseur commençait à se vider de sa substance. L’esprit vide, il avança. Finalement, ils atteignirent une clairière, et s’avancèrent en direction d’un rocher. Le maître chanteur s’immobilisa, Atalante en fit de même. Sur le rocher apparut alors une femme. La peau pâle tirant vers le pourpre, une chevelure lisse d’ébène volait au-dessus de sa tête, comme flottant dans une eau imaginaire. Magnifique, sulfureuse, elle possédait le corps des enfants d’Aphrodite, et son visage sublime rivalisait avec les plus belles dames qu’il avait pu voir. Mais par-dessus tout, son aura écrasait toute certitude, tout sentiment de puissance qui l’environnait. Quelle puissance. Une déesse, à coup sûr. Mais la dame en face de lui n’avait rien de celle qu’il avait côtoyé. On distinguait, à son visage, son sourire, son regard, qu’elle était mauvaise.


« Voila le type dont je t’avais parlé, déclara le maître chanteur avec un sourire.»

Les pupilles améthyste de la dame se posèrent sur Atalante, qui sentit un frisson glacé lui caresser le dos.

« Je vois… Jake m’a parlé de ton histoire, Atalante… Je sais donc que tu ne viens pas ici par conviction. Mais sache que cela ne te défait en rien de la promesse qui te lie à nous. Si cela peut changer le regard que tu as sur nous, sache que nous ne nous battons pas pour le pouvoir. Ce n’est que par rancœur. Peut-être, de par ton attachement pour certains dieux, que tu ne me croiras pas, mais sache que j’ai vue nombre d’atrocité qu’eux même ont provoqué. Et il te suffira de discuter avec certains d’entre nous pour en avoir la confirmation. C’est une véritable tyrannie à laquelle nous sommes assujettis. Crois-le ou non, participer à la chute des dieux apportera une certaine forme de paix…»


Le cœur du chasseur rata un bond. Comment connaissait-elle son nom ? Y avait-il seulement moyen qu’il le sache ? Mais là n’était pas le plus effrayant. En effet l’horreur l’avait gagné quand le chasseur se rendit compte que les mots de la déesse l’avaient pénétré, et qu’il commençait, doucement, à y croire.

« Je veux juste être bien sûr de quelque chose… Aucun mal ne sera fait à Artemis ?»

« Il n’y a pas de favoritisme, nous attaquerons tous ceux qui s’opposeront à nous. En revanche, libre à toi de la protéger… Nous ne t’en tiendrons pas rigueur, à condition, bien sûr que tu nous aide du mieux que tu le pourras dans la chute du Panthéon.»

« Puis-je au moins savoir qui vous êtes ?»

« Non, mon identité ne sera révélée qu’à ceux qui ne risqueront pas de me vendre. Va maintenant, chasseur. Ton quotidien reprendra son cours. Je te conseille, néanmoins, de te procurer discrètement une armure, ou tu ne survivras pas longtemps. Et surtout n'en parle à personne, ou nous le sauront. Le jour où nous aurons besoin de toi, un oiseau de proie viendra te mander. Tu te rendras alors ici, et nous commencerons.»

« Bien.»

Sans un mot, le cœur lourd, le jeune homme tourna les talons et s’enfonça de nouveau dans la forêt.

_________________


Dernière édition par Atalante le Ven 10 Juil - 1:13, édité 5 fois
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Atalante
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MessageSujet: Re: Le coeur est le père de ses propres entraves [rp solo]   Ven 10 Juil - 0:55



Car le cœur a ses poisons que la raison incorpore.

La tête vide, il marcha, longtemps. Il ne savait plus quel chemin suivre. Etait-ce le Sud, était-ce son toit où le guidaient ses pas? Il ne se posait même plus la question. Il voulait juste s’éloigner. C’était là sa seule volonté. Partir, loin. L’esprit épuré de toute idée, un pied après l’autre, il s’enfonçait dans le bois. Droit, marché tout droit. Ne pas s’arrêter. Après tout, peut-être le salut se trouvait-il là-bas. Où ? …
Il finit par arriver près d’un arbre. Son tronc centenaire et large bloquait sa route. Un chêne. Le contourner, pour continuer. Pourtant, l’homme se figea un instant. Épuisé tant par la nouvelle que par des nuits blanches, il leva ses yeux cernés vers les vieille branches. Voilà où il en était. Pour sauver son amour, il devrait le trahir. Quel paradoxe. Rare événement, le jeune homme sentit monter en lui une rage immense. La flamme de la haine naquit, elle brûla son cœur, ses bras. Et alors, rongé par ses feux, il se mit à trembler. Trop, s’en était trop. La fatigue, la tristesse, l’oppression, la frustration. Tout sembla éclater dans son torse, et cette explosion émotionnelle laissa ses débits pénétrer douloureusement chaque parcelle de son être. S’en était trop ! Les yeux fous d’une rage nouvelle, le chasseur frappa dans l’arbre. Il ignorait la douleur de l’écorce fendant sa peau, de son épiderme endolori par le choc. Il n’y avait que la peine. La peine d’un cœur opprimé dont les chaines se resserraient encore et encore. Un hurlement déchirant s’échappa alors de sa gorge. Tous ces sentiments coincés au fond de sa gorge jaillirent par le biais de ses cordes vocales. Ces dernières, éreintées, laissèrent sa voix se briser tandis que des oiseaux fuyaient avec peur ce cri de désespoir. Une inspiration gonfla sa poitrine, et il sentit une larme chaude dévaler sa joue. Il redressa alors la tête, sanglotant, et avisa alors sa main, appuyée sur le tronc, ensanglantée.

Calmé, mais pleurant toujours, il s’adossa à l’arbre et se glissa jusqu’au sol. Tel un enfant, il ramena ses jambes contre lui, y enfouissant sa tête. Que faire maintenant ? Il pourrait disparaître de la vie d’Artémis, et par la même occasion, fuir cette guerre. Mais cela causerait du tort à la déesse, car son secret révélé, il ne doutait guère qu’elle aurait des ennuis. L’avertir… Peut-être…
« Et surtout n'en parle à personne, ou nous le sauront » . Bien sûr… Sa commanditaire était déesse. Elle possédait d’infinis moyens de l’épier. Peut-être même le surveillait-elle en ce moment même. Prévenir qui que ce soit le mènerait à sa perte. Les idées se bousculaient, tout lui semblait tellement flou. Ses pensées, aux seins de sa tête, résonnaient en une atroce cacophonie. Mais, dans les méandres de cet enfer, une certitude persistait : il devrait combattre. Il n’y avait aucune autre issue. Mais que se passerait-il si… si Artemis le découvrait ? La haine bousculerait l’amour, l’écraserait de ses pieds fumant… et s’en serait fini d’eux. Mais au fond… était-ce une mauvaise chose ?

Atalante fut horrifié de penser une chose pareille. Dans ses rêves, ses fantasmes, il passait sa vie à chérir sa déesse, à l’aimer… Vivre dans un monde dénué de son amour lui paraissait inimaginable. Pourtant… Au fond, il le savait. Leur amour n’avait rien de normal. Il résidait en une véritable passion, brûlant chaque jour d’un feu des plus ardents. Mais la passion, comme les hommes, comme les bêtes, comme la vie, avait une fin. Et surtout, elle n’était raisonnable en rien. Paradoxal pour un homme qui se rangeait chaque jour du côté de la raison. Pour cet amour déraisonnable, ils se mettaient tous deux en danger. Au fond, ils devaient être égoïstes. Pour cette ivresse, mère de dépendance, ils laissaient l’autre dans un dangereux quotidien, face à un triste sort.

Car le cœur a ses raisons que la raison ignore…

Face à une relation qui n’avait rien de naturel, où tous deux se priveraient, où tous deux se risqueraient, que lui fallait-il faire? La solution semblait simple : s’arrêter. Mais ô combien cette option lui semblait ardue.  Il n’y avait nul mot pour en décrire la difficulté. A vrai dire, un simple adjectif lui seyait : insurmontable. A la seconde même où cette éventualité naquit, il se sentit vidé de sa substance. Comme si la vie ne valait plus rien. Brusquement, il se sentit mort. Un étau sembla enserrer sa tête, douloureusement et avec force. Sans Artémis… Son existence ne posséderait plus aucune saveur. Et alors, lui, seule, vivant mais éteint, que deviendrait-il ? Avait-il seulement aspiré à quelque chose, de son vivant ? Son seul but, cet idéal qui le guidait chaque jour, se résumait au bonheur de celle qu’il aimait... Alors, s’il se résignait ainsi… que pourrait-il faire pour entretenir sa joie ?

Il y songea un moment. S’éloigner d’Artémis contribuait de manière infime à ce qu’elle soit heureuse.  Du reste… Il y avait bien un moyen. En effet, la déesse avait bâti cette cité. Elle y tenait, persévérant, luttant pour sa quiétude, pour sa paix. Certes, il mettait celle-ci en danger. Mais il se rattraperait. Il expierait sa faute en se dévouant corps et âme au futur d’Hellenos. Son esprit la sauvegarderait, ses bras seraient son salut. Quand a son amour… il l’abandonnerait… Les sentiments n’existeraient plus, la passion serait éteinte. Ainsi ne restera que le guerrier, le bras protecteur, le bouclier. La raison, cette chère raison qui le composait, partie intégrante de son être, n’aurait plus aucune entrave. Il serait un prisonnier libre. Un héros vidé. Son bonheur serait celui de sa reine.

Malgré tout l’idée de s’éloigner de sa belle lui fendait le cœur. Pis, il sentait son âme se déchirer, brûler. Comme si un monstre empoisonné fendait sa chair de ses griffes acérés. Mais il se força, se fit violence pour imaginer un futur dénué de son amour. Des heures passèrent, des heures de souffrances où gémissements et larmes survenaient. Mais il luttait, pour imaginer, encore et encore, que dans quelques semaines, il n’aurait plus rien. Le cœur meurtrit, il tenta d’oublier sa raison d’être. Surement y perdit-il une partie de son âme. Perdu, il se redressa. Changé, il avisa le ciel où on devinait un jour sur le point de naître. Il était un homme nouveau. L’homme dont le souvenir de l’amour le tiraillait encore. Mais il était résigné, l’ancien lui était mort. Ce jour-là, Atalante bâillonna son cœur. Cette nuit naquit un traître. Ce matin mourut un chasseur.

Car le cœur a ses horizons que la raison déshonore.

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